HADJA SARAN DARABA KABA UNE PIONNIÈRE DANS LE MONDE FÉMININ

RUBRIQUE CONSACÉEE AUX FEMMES PIONNIÈRES DE GUINÉE

7- HADJA SARAN DARABA KABA

Hadja Kaba est née à la fin de la guerre mondiale, en 1945, d’un père militaire et d’une « femme à douze bras » : « En plus d’élever ses enfants et de tenir sa famille, ce qui est déjà tout un programme, elle faisait de la teinture, du savon, du petit commerce, elle voyageait beaucoup sur le train Conakry-Niger… pour le commerce. » Ses parents étaient des militants de la première heure du Rassemblement démocratique africain (RDA, ancêtre du Parti Démocratique de Guinée, de Sékou Touré). « Je suis née dans une famille où l’on faisait de la politique. J’ai bu ça dans le lait, mais j’ai surtout retenu l’image de parents très au service des autres. Ils n’hésitaient pas à nous priver de nourriture pour le donner à des mendiants, des handicapés, des personnes âgées. Je me rappelle qu’après avoir préparé le repas, elle me donnait toujours un petit bol fermé en me disant : « Va le donner à untel, mais ne dis pas que c’est moi qui le donne. »… »

Elle fait ses premières armes politiques en tant que membre du conseil des élèves, dans son école de Dubreka (Basse-Guinée), à l’heure où la Guinée vivait ses premières heures d’État indépendant, préférant « la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage », selon les mots utilisés par Sékou Touré contre de Gaulle, en 1958. De ces années historiques, elle retiendra notamment « l’expérimentation pédagogique faite sur les élèves cobayes de Guinée » : « Ce sont les progressistes de par le monde, qui ont accouru au chevet de la jeune Guinée, qui fondent le socle de mon identité politique. Quand je suis entrée au collège, en 1958, l’année où la Guinée venait de prendre son indépendance, la France venait de retirer tous ses enseignants. Les progressistes de par le monde ont accouru au chevet de la Guinée, je suis le produit de cette équipe d’enseignants du monde. L’ancien Premier ministre de Guinée Équatoriale était mon professeur d’espagnol. Les Lecors, venus de Bretagne, étaient mes professeurs de français… » Comme beaucoup d’hommes politiques de par le monde, elle a d’abord été… délégué de classe, au lycée classique de Conakry, avant d’aller étudier la pharmacie de 1966 à 1970 à Leipzig, puis à Halle (Allemagne), jusqu’à ce que sa bourse soit « coupée ». Dans les universités d’Allemagne aussi, elle sera déléguée de classe et représentante des étudiants…

De « Pharmaguinée » aux ministères

De retour en Guinée, en 1970, elle enseignera la pharmacie pendant deux ans avant d’intégrer Pharmaguinée, la « grosse boîte » d’État de l’époque. Jeune pharmacienne, elle en gravira « tous les échelons », avant d’être nommée directrice chargée de l’import-export. C’est cette fonction qui lui vaudra d’entrer de plain pied dans le monde politique au poste de Directrice nationale adjointe des exportations au Ministère du commerce extérieur. « On m’a demandé à l’époque de définir une politique de diversification des exportations de la Guinée, pour que le budget de l’État soit moins dépendant de la bauxite. On a commencé à promouvoir des produits comme le Chlorydrate de Kini ou le venin de serpent, qui sera utilisé par l’institut Pasteur en France ; ou encore les jus, les fruits tels que la Mangue, dont la Guinée a 72 variétés. »

En 1996, son « savoir-faire dans le secteur privé à but non-lucratif » la « propulse » ministre des affaires sociales et de la promotion de la femme et de l’enfance. De ce passage, elle retiendra essentiellement la « définition des politiques nationales du gouvernement dans ces domaines. On a formé une politique nationale de la promotion de la femme, de la protection de l’enfance et pour l’action sociale… Ce qui reste actuellement, ce sont les équipements : les motos, les 4×4… Mais un département ministériel, c’est d’abord une politique, une vision. Elles ont été adoptées par le gouvernement. Dans le domaine de la femme, on a mis en place le plan quinquennal « Programme-cadre genre et développement » pour renforcer le leadership féminin et leurs connaissances juridiques. »

Déjà, à cette époque, l’axe de travail de Saran Daraba est très clair : faire en sorte que les femmes soient les « leaders » de l’Afrique sur plusieurs plans : indépendance économique, reconnaissance juridique et résolution de conflits. Elle a publié récemment sur Internet un répertoire de compétences et expertises féminines de Guinée de « 1000 et quelque CV » de femmes compétentes et expertes du pays (1), pour qu’« aucun gouvernement n’ose nous demander où sont les femmes qu’il faut nommer. On a nommé assez d’hommes incompétents dans ce pays. On va d’abord nommer des femmes incompétentes, et ensuite, des femmes compétentes, je le souhaite ! »

Source: Julien Brygo

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