«Mon objectif, c’est d’avoir un personnel jeune et qualifié à l’INAMO»
Dans une interview exclusive qu’il a bien voulu accorder à Guinéenews, Mamady Doumbouya, Inspecteur du Travail de profession et Directeur général de l’Institut National d’Assurance Maladie Obligatoire (IMANO) est revenu sur les activités effectuées sur le terrain par son institution depuis sa création, les difficultés rencontrées ainsi que ses perceptives pour le bonheur des agents publics de l’Etat. Lisez plutôt l’interview !
Guinéenews : pouvez-vous nous décrire la mission de votre institution ?
Mamady Doumbouya : l’Institut National d’Assurance Maladie Obligatoire (INAMO) est une institution d’assurance qui s’occupera, dans les mois qui suivent, de la santé de tous les fonctionnaires et contractuels de l’administration publique. Le travail constituera à avoir des relations avec le ministère de la Santé à travers les prestataires que sont les hôpitaux, les cliniques, les laboratoires biologiques pour s’occuper des soins de santé des agents publics de l’Etat et de leurs ayants droit. Ceci dit, ces soins peuvent s’exercer à l’intérieur du pays tout comme à l’extérieur du pays.
Pour l’intérieur du pays, tel que je viens de les citer, commençant par les centres de santé ruraux, communaux, préfectoraux, régionaux et les CHU ainsi que les cliniques, les agents publics de l’Etat seront suivis partout avec une prise en charge. N’oublions pas les pharmacies, ce sont les nerfs de la guerre. Car, quel que soit le diagnostic, s’il n’y a pas de médicaments appropriés, la santé n’est pas assurée. A ce niveau, nous allons passer des conventions avec ces prestataires pour que le fonctionnaire de l’Etat et ses ayants droit puissent se soigner à moindre coût. Cela ne veut pas dire que nous allons prendre en charge toutes prestations à 100%. Il y a des prestations qu’on peut prendre à 75% et d’autres à 80%. Les maladies, telles que la tuberculose et le VIH-Sida seront prises en charge à 100%. C’est ce que nous envisageons de faire et tout sera soumis au Conseil d’Administration pour que ces propositions soient approuvées afin qu’on rentre dans la phase opérationnelle.
Guinéenews : vous avez effectué certains voyages à travers le monde. Pouvez-vous nous dire les activités que vous avez réalisées depuis la mise en place de cette institution ?
Mamady Doumbouya : c’est vrai, nous avons fait assez de voyages. Les premiers, c’était d’abord à Genève (Suisse). Nous avons profité de la conférence internationale du Travail pour nous rendre lisible au niveau de cette intuition. A ce niveau, comme c’est une première en Guinée que cette institution de cette nature soit créée, nous sommes un peu partis à l’école du Bureau International du Travail (BIT) pour voir les enseignements nécessaires de mise en œuvre et rendre opérationnelle notre institution. Le gouvernement était représenté par le ministre en charge de la Fonction Publique, de la Réforme de l’Etat et de la Modernisation de l’Administration et celui du Travail, de l’Enseignement Technique et de la Formation professionnelle. Ils ont déposé une demande auprès du Directeur général du BIT pour nous accompagner dans la mise en œuvre de ces deux intuitions.
De Genève, nous sommes arrivés à Turin (Italie). Nous sommes partis en compagnie de certains de nos jeunes cadres qui étaient à la recherche de leur premier emploi pour suivre ensemble une formation appropriée en matière de protection sociale.
Après Turin, comme le chef de l’Etat, le Pr Alpha Condé, à la demande du mouvement syndical, a pris la décision de transférer les lignes budgétaires afférentes aux soins de santé des agents publics de l’Etat, nous avons donc hérité du ministère de la Santé un certain nombre de dossiers dont les plus criards devraient normalement faire l’objet d’évacuation sanitaire. Et pour le faire, il fallait réellement avoir un lien de partenariat avec certaines organisations médicales à l’extérieur de la Guinée, notamment au Maroc et en Tunisie. Nous avons fait notre troisième voyage pour aller voir au Maroc notamment à Casablanca et à Marrakech. En Tunisie, nous avons été à Monastir et à Nantiat. Il faut reconnaître que ce sont des villes les plus réputées et qui ont une certaine expérience dans le traitement des maladies tropicales pour discuter avec eux des projets de convention que nous allons aussi soumettre au Conseil de notre administration pour l’approbation.
Guinéenews : en Guinée, quelles sont les activités que vous avez menées sur le terrain ?
Mamady Doumabouya : au-delà de la mise en place de notre institution, il fallait trouver un abri équipé et installer le personnel qui démarre lentement. Aujourd’hui, sur 150 jeunes cadres à recruter, nous avons plus ou moins 10. Donc, nous avons un plan d’emploi qui va être approuvé avec l’appui de l’Agence Guinéenne de Promotion et de l’Emploi (AGUIPE) pour que les profils recherchés soient trouvés avec les candidatures plus appropriées. Ensuite, nous avons prévu dans le programme d’assister les fonctionnaires à l’intérieur du pays. Pour le moment, nous n’avons pas de carte d’assuré pour qu’on puisse savoir qui est fonctionnaire et qui ne l’est pas. Nous irons un peu à l’offensive car, nous avons constaté ces dernières années, quand on parle de remboursement des frais médicaux, ce sont les mêmes personnes qui bénéficient de ces frais médicaux de remboursement et généralement à Conakry. Donc, les agents publics de l’Etat qui évoluent à l’intérieur du pays ne savent pas que le gouvernement fait des efforts pour mettre des milliards à la disposition des structures appropriées pour que certains fonctionnaires puissent bénéficier d’assistance du gouvernement en matière de santé. Cette fois-ci, avec le reliquat que nous avons reçu, nous allons envoyer des missionnaires dans les 33 préfectures de la Guinée en relation avec des Directeurs des Ressources Humaines, les Secrétaires généraux, des syndicats, des Directeurs préfectoraux de la santé (…) pour voir dans les différents hôpitaux, quels sont les fonctionnaires en souffrance et pour quelle pathologie ? Voir également qu’est-ce que nous pouvons immédiatement apporter en entendant que les cotisations soient versées. Qu’est-ce que nous pouvons apporter comme subvention aux différents fonctionnaires hospitalisés. Mais, il faut signaler qu’il y a des maladies qui ne demandent pas d’hospitalisation. Tels que le diabète, les malades diabétiques utilisent pratiquement près d’un quart de leur salaire pour acheter le Diamicron à 240 000 fg/mois. Donc, si des cas de ce genre sont détectés, il faut passer des conventions avec des pharmaciens pour dire que les fonctionnaires de telle préfecture, pourraient chaque mois venir prendre leur dotation de médicament. La charge pour eux de nous envoyer les factures pour que nous payions mais, tout ceci se passera dans la transparence. Donc, nous volons profiter de cette mission pour faire d’une pierre deux coups : nous rendre lisibles pour que les gens sachent que nous existons et qu’est-ce que nous faisons mais aussi, nous rendre crédibles afin que quand les opérations de cotisation vont commencer, qu’on sache à quoi serviront les montants qui seront payés comme cotisation des fonctionnaires et de l’Etat envers ces employeurs.
Guinéenews : quels sont les critères pour bénéficier des services de l’INAMO ?
Mamadi Doumbouya : d’abord, le premier critère, il faut être l’agent public de l’Etat (les fonctionnaires et les contractuels de l’Etat et de l’administration publique). A cela, il faut ajouter nos pères, nos sœurs et mères qui ont loyalement servi cette administration et qui sont en position de retraite. Sans oublier ceux qui sont parmi eux inactifs.
Deuxièmement, c’est payer sa cotisation mais, a ce niveau, il y a une formule. C’est que la réduction se fait à la source. C’est pourquoi on dit l’Institut National d’Assurance Maladie Obligatoire. Cette obligation amène le ministère du Budget de défalquer chaque mois le pourcentage qui sera retenu entre le syndicat et le gouvernement.
La troisième condition, quand on parle d’ayant droit, il faut être époux ou épouse d’un agent de l’Etat ou encore, être enfant d’un agent public.
Guinéenews : pour le moment, comment votre institution est financée ?
Mamadi Doumbouya : depuis notre création en 2014, les financements viennent de l’Etat par voie de subvention. Nous n’avons reçu que deux subventions pour l’installation et pour le fonctionnement. C’est depuis le mois d’août que nous avons reçu une portion de la subvention concernant les soins de santé et quand les cotisations vont commencer, nous allons bénéficier d’une partie de ces cotisations. Car, n’oubliez pas qu’à la Caisse de Prévoyance Sociale, on s’occupe des pensions de retraite et des risques professionnels.
Ensuite, nous pourrons avoir des dons et des aides (…) L’Etat ne peut pas supporter tous les coûts. C’est pourquoi, le syndicat et le gouvernement ont convenu au départ que pendant deux ans, les parties vont cotiser et le montant n’amène pas notre institution à immédiatement commencer les prises en charge. Mais, le montant permettra de capitaliser un fonds de départ car, l’assurance maladie est trop chère. Imaginez, il y a à peu près 140 mille agents publics, vous prenez quatre ou cinq par agent public. Vous vous retrouvez à 800 mille sur toute l’étendue du territoire alors qu’on n’a pas encore tous les garde-fous (…). Est-ce que je peux maîtriser que dans mon village à Norassoba, pour dire que l’enseignant qui amène cette femme au centre de santé de Norassoba, que cette femme est son épouse, sa tante ou sa belle-mère. Donc, pour un départ, il sera très difficile mais, nous avons mis des garde-fous pour qu’on puisse minimiser les dégâts.
Guinéenews : depuis la création de votre institution, quelles sont les difficultés rencontrées ?
Mamady Doumbouya : notre première difficulté, je dirais que c’est un fait divers. Nous avons été créés au moment où le pays était frappé par la maladie épidémique à virus Ebola. Il y avait une crise économique aiguë que personne ne peut ignorer. Nous avons passé un an, on n’existait que sur papier (…). Donc, la vraie difficulté, elle est financière.
Pour le moment, je ne peux pas recruter de personnel car, je n’ai pas les moyens pour pouvoir payer le salaire de ce personnel. D’ailleurs, avant de parler de salaire, il faut que le personnel soit qualifié car, il n’y a pas une école spécifique pour exercer cette activité. Donc, nous avons besoin de l’expertise extérieure (…). Avec l’appui du gouvernement, d’ici 2017, on pourra résoudre cette difficulté. Elle est la principale, les autres dépendent d’elle.
Guinéenews : quelles sont vos perspectives ?
Mamady Doumbouya : en commençant par mes autorités et le Conseil d’Administration, mon objectif est que cette nouvelle institution puisse recruter un personnel jeune et qualifié. Les profils seront dégagés en fonction des postes (…). Ce personnel sera ventilé dans toutes les préfectures de la Guinée pour représenter l’INAMO.
Guinéenews : avez-vous, monsieur le DG, un message à lancer aux agents de l’Etat ?
Mamady Doumbouya : ce sur quoi je veux insister, c’est que cette institution est une première en Guinée. Donc, les agents publics de l’Etat doivent accepter de verser une cotisation qui est égale à 5% du salaire indiciaire. Par exemple, un agent qui touche deux millions, cela fait à peu près 100 mille. Tenez-vous bien, est-ce qu’on peut soigner 5 personnes avec 100 000 GNF. Mais, comme c’est une assurance, l’effet volume joue. Ce n’est pas tout le monde qui tombe malade au même moment. Même en cas d’épidémie, il y a toujours des gens qui échappent à la maladie. Donc, cet effet volume nous amène à pouvoir soigner ceux qui sont malades. C’est-à-dire, les non-malades soignent les malades. Cela est très important.
Prenons l’exemple sur les évacuations sanitaires à l’étranger. Avant, c’était une assistance, vous avez un dossier, la commission vous donne 40 000 millions. Selon certaines enquêtes, nous avons constaté, qu’il y a des vrais malades, tout comme il y a des vrais faux malades. Les gens prennent de l’argent, ils vont dans un coin de la ville se reposer tranquillement. En réalité, ils ont déposé un papier qui prouve qu’ils sont malades alors qu’ils ne le sont.
Guinéenews : concrètement, quelle possibilité avez-vous pour pouvoir détecter ces faux des vrais malades ?
Mamady Doumbouya : je vous dis qu’on travaille de concert avec le ministère de la Santé. A l’INAMO, nous avons également deux médecins-conseils. Ces médecins se prononcent sur les documents envoyés mais, en tant que médecins, ils consultent les malades en question (…). Dans les conventions avec nos partenaires à l’étranger, c’est de faire en sorte qu’il y ait moins d’évacuation et pour le faire, il faut de gros moyens pour nos structures sanitaires humainement tout comme matériellement. Les Marocains et les Tunisiens sont prêts à nous accompagner dans ce sens. Donc, ne doivent être évacués que ceux qui sont dans les conditions d’évacuation. Il y a aussi l’évacuation locale. Par exemple à Siguiri, Labé ou à Macenta, un enseignant qui est malade, ses moyens ne lui permettent pas d’être soigné efficacement et l’hôpital préfectoral n’a pas les moyens techniques. Donc, si ces cas pareils sont détectés et que nous sommes saisis, nous pouvons ordonner son évacuation à Conakry dans un CHU ou dans une polyclinique. Ses frais d’évacuation et sa prise en charge seront au compte de l’Etat. C’est aussi une nouveauté. C’est pourquoi, j’invite les agents publics l’Etat à nous faire confiance et à accepter de cotiser.