Conakry face aux catastrophes naturelles : pour un sursaut citoyen et politique
Les récentes catastrophes qui ont frappé le Grand Conakry inondations meurtrières, glissements de terrain, éboulements ne sont plus des événements isolés. Elles sont devenues des symptômes récurrents d’un malaise urbain profond. Face à cette réalité, un sursaut citoyen et politique s’impose avec urgence.
Une vulnérabilité urbaine criante
L’éboulement survenu récemment, ajouté aux inondations qui ont endeuillé plusieurs familles, révèle une vérité inconfortable : nos villes sont vulnérables. La gestion de l’espace urbain est en crise. Les pertes humaines et les dégâts matériels traduisent une faillite collective à anticiper, réguler et sensibiliser.
Des efforts louables, mais à amplifier
Le Ministre Mory CONDÉ a engagé des actions courageuses et visibles, notamment dans la restauration des emprises des rails, des routes et des cours d’eau. Kaloum, aujourd’hui, offre le visage d’une ville ordonnée, moderne et digne des standards internationaux. Ce travail mérite d’être salué. Mais ces efforts doivent s’étendre à l’ensemble du Grand Conakry, ainsi qu’aux préfectures de Coyah, Dubréka et Forécariah. À Maneyah ou au Km 43 derrière l’usine Topaze et la haute tension, l’ancien rail est entièrement construit par des particuliers, comme si l’État n’avait plus besoin de relancer le train Conakry–Kankan. Cette occupation anarchique est un frein au développement.
Analyse des causes : responsabilités croisées
Les origines des catastrophes sont connues et multiples :
Ø Occupation illégale des emprises ferroviaires, routières et des cours d’eau
Ø Construction dans des zones inondables, sans respect des normes
Ø Insuffisance d’infrastructures de drainage et d’entretien
Ø Indiscipline chronique dans l’aménagement des espaces publics
Ø Incivisme et imprudence des citoyens
La responsabilité est partagée entre les autorités, les citoyens, les chefs de quartiers et les agents de l’habitat. Il est temps de reconnaître cette responsabilité collective.
Recommandations pour une action durable
Voici un plan d’action articulé autour de quatre piliers :
1. Renforcement des mesures réglementaires
ü Gel immédiat des constructions dans les emprises ferroviaires et zones à risques
ü Mise en demeure des occupants illégaux
ü Cartographie officielle des zones inconstructibles
ü Signalisation claire des zones interdites
ü Création d’un comité de veille citoyen
2. Mobilisation du ministère de l’Habitat
v Déploiement de brigades techniques pour démolir les constructions illégales
v Réaménagement des rivières urbaines en canaux de drainage
v Chantier national de curage des caniveaux et bassins
v Création de zones de relogement temporaire
3. Implication des communautés locales
- Campagnes de sensibilisation via radios, médias sociaux, affiches
- Témoignages des victimes pour éveiller les consciences
- Formation des chefs de quartiers en gestion des risques
- Engagement des jeunes dans des brigades de vigilance
4. Plan de résilience à long terme
- Révision du schéma directeur d’urbanisme en s’inspirant du modele du Ministre Bana Sidibé;
- Restauration écologique des cours d’ea;
- Intégration de l’éducation civique et environnementale dans les écoles
Appel à la responsabilité collective
Agir, ce n’est pas seulement légiférer ou construire : c’est changer de comportement. L’indiscipline, l’irresponsabilité et le mépris des lois ne doivent plus être tolérés. Il faut mettre fin aux complicités silencieuses et aux calculs politiques à court terme.
Chaque acteur citoyen, ministre, chef de quartier, ONG doit s’engager pleinement. Les tragédies récentes ne doivent pas être de simples statistiques, mais des déclencheurs de réforme.
Restaurer l’ordre et protéger l’environnement
Il est impératif de dégager les emprises des rails, des routes et des cours d’eau. Restaurer le passage naturel des rivières est vital. Comme le disaient nos ancêtres: « Le courant d’eau emprunte toujours son passage naturel initial. » « dji ye borila a sila korolefè ». Ce proverbe rappelle que toute entrave expose nos villes à des risques majeurs.
Lutter contre l’urbanisation anarchique
Les constructions sur les flancs de montagnes ou sur les anciennes emprises ferroviaires représentent un danger réel. Il faut les dégager progressivement, en commençant par les zones critiques comme Conakry et Coyah. Des chefs de quartier, parfois complices, continuent de vendre des emprises publiques, mettant en péril les projets d’aménagement.
Prévenir les litiges et protéger les ressources de l’État
Si ces occupations illégales ne sont pas traitées rapidement, elles risquent d’entraîner des demandes de dédommagement injustifiées. L’État doit agir pour éviter de verser des compensations à ceux qui enfreignent délibérément les lois.
Un leadership porteur d’espoir
Monsieur le Ministre, votre engagement est une source d’inspiration. En élargissant vos efforts à l’ensemble du territoire, vous poserez les bases d’une Guinée plus sûre, moderne et respectueuse de son environnement. La population vous soutiendra, car elle comprend que ces actions sont menées dans l’intérêt collectif.
MAMADI FATOUMATA CISSÉ


