Simandou : et si la Guinée s’apprêtait à exporter plus que du minerai de fer ?
À l’approche de l’exportation des premières tonnes de minerai de fer prévue pour fin 2025 dans le cadre du projet Simandou, la question du contrôle des richesses réelles de ce sous-sol resurgit avec acuité. Sous un de nos publications, le doyen Fodé Tass Sylla Tabouna Sylla le soulignait dans un commentaire à la fois lucide et troublant :
« Il reste tout simplement à préciser que ce qu’on appelle “minerais”, c’est juste de la terre brute de nos montagnes. Composée certainement de fer, mais aussi… de beaucoup d’autres roches précieuses et stratégiques dont nous ne soupçonnons même pas l’existence… »
Cette phrase, répétée comme un écho inquiet (« …dont nous ne soupçonnons même pas l’existence… ») mérite qu’on s’y arrête. Car au-delà du fer, c’est une matière composite, complexe, souvent méconnue, qui sera extraite et chargée à bord des trains longs de plusieurs kilomètres, puis acheminée vers des ports et des usines étrangères pour y être traitée dans des installations ultrasophistiquées.
Quelles autres ressources se cachent dans ce que l’on appelle communément « minerai de fer » ? A-t-on seulement procédé à une évaluation géochimique complète de ces matériaux pour connaître la valeur réelle des éléments exportés (surtout que, parait-il, le ministère des Mines dispose d’un tel laboratoire, LNG) ? Combien d’onces d’or, de grammes de terres rares, de cobalt ou de titane pourraient se perdre dans les circuits opaques de raffinage à l’étranger ? À défaut de réponses précises, le risque est grand de voir se reproduire, à plus grande échelle, un scandale semblable à celui du charbon fin au Burkina Faso — ce fameux résidu minier, traité à l’étranger, qui s’était révélé contenir de l’or en quantité bien supérieure à ce que la société exploitante avait déclaré à l’État.
Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas une simple question de transparence administrative. C’est une alerte sur la souveraineté minière : l’État guinéen a-t-il réellement aujourd’hui, comme il se dit, les capacités techniques, humaines et réglementaires de contrôler en amont la nature réelle des matières extraites ? Dispose-t-il réellement d’un dispositif de traçabilité fiable pour savoir exactement ce qui sort du pays, et dans quelles proportions ? Sinon, comment garantir que les redevances perçues correspondent à ce qui est réellement exploité ?
Ce projet gigantesque, souvent présenté comme une aubaine nationale, pourrait dans les faits masquer un manque à gagner colossal, si la Guinée venait à ignorer, par défaut d’anticipation, la richesse insoupçonnée de ses propres sous-sols.
À Simandou, ce ne sont pas que des montagnes de fer que l’on s’apprête à creuser, mais peut-être aussi des gisements invisibles de richesses perdues d’avance. Il est temps de faire une évaluation complète des sous-produits du minerai, d’instaurer un mécanisme de contrôle indépendant et de poser une règle simple : aucune tonne de sol guinéen ne doit quitter le territoire sans que la Guinée sache, ligne par ligne, ce qu’elle contient. Le débat est lancé. À l’État de montrer qu’il ne sera plus un simple spectateur.
Abdoulaye SANKARA


