Désinformation en période de Transition : un poison mortel qu’il faut neutraliser d’urgence !
En cette période sensible de Transition, marquée par des incertitudes politiques et des tensions sociales latentes, l’État guinéen, ou ce qu’il en reste, a le devoir impérieux de combattre la désinformation sous toutes ses formes. Il en va non seulement de la crédibilité des institutions, mais aussi de la cohésion nationale et de la sécurité des citoyens.
Les ministères de l’Information, de la Sécurité, de la Justice, ainsi que la Haute Autorité de la Communication (HAC), doivent jouer un rôle central dans cette lutte, aussi bien en amont, par la prévention, qu’en aval, par la répression ciblée et dissuasive.
En amont : Sensibiliser pour désamorcer la haine
La désinformation, lorsqu’elle est intentionnelle, orientée et relayée avec insistance, peut agir comme une mèche allumée dans une poudrière. Une simple fausse nouvelle, savamment emballée et dirigée, peut réveiller de vieux démons identitaires, exacerber les clivages ethniques, et conduire au chaos.
L’Histoire regorge d’exemples tragiques : le génocide des Tutsis au Rwanda en 1994, alimenté par des messages de haine diffusés par la radio Mille Collines, a coûté la vie à plus de 800 000 innocents. Ce précédent devrait suffire à alerter tout responsable politique ou institutionnel sur la gravité de la désinformation.
À cet égard, la HAC ne peut se contenter de distribuer des avertissements ou sanctionner des journalistes qui dénoncent des malversations financières. Elle devrait au contraire multiplier des campagnes de sensibilisation sur l’ensemble du territoire national, en mettant à profit tous les canaux disponibles : RTG, radios rurales, quotidien national, plateformes publiques en ligne et médias privés. Et si les ressources manquent, elle peut compter sur la collaboration technique du ministère de l’Information et sur les médias privés subventionnés annuellement par l’État, qui ont là une excellente occasion de justifier l’argent public qu’ils perçoivent.
Prévenir, informer, éduquer : tels doivent être les maîtres-mots de l’action de la HAC pour endiguer à la racine les foyers de manipulation de l’opinion publique.
En aval : Sanctionner avec fermeté et exemplarité
La prévention seule ne suffit pas. Lorsque le mal est déjà propagé, la Justice et la Sécurité intérieure doivent réagir avec rapidité et fermeté. Il ne peut y avoir de tolérance face aux appels à la violence communautaire qui circulent impunément sur les réseaux sociaux.
La récente vidéo à caractère inflammatoire qui circule en ligne — appelant à la division et à la haine — est un cas d’école. Elle doit faire l’objet de poursuites judiciaires exemplaires. Les auteurs, co-auteurs et relais doivent être identifiés et sanctionnés avec la dernière rigueur, afin que l’exemple serve d’avertissement à tous les apprentis pyromanes du web.
La peur du gendarme reste encore l’un des meilleurs remparts contre la récidive. La lutte contre la cybercriminalité et les discours haineux nécessite une coordination efficace entre les services techniques du ministère de la Sécurité et les juridictions compétentes. Il y va de la préservation du vivre-ensemble, de la stabilité de l’État, et tout simplement, de la survie de notre société.
Le silence des autorités face à la désinformation est une complicité passive
La désinformation n’est pas un détail, ni une dérive anodine. C’est une arme moderne de destruction sociale, souvent plus efficace que les balles. Si elle n’est pas rapidement et efficacement combattue, elle finira par ronger les fondements mêmes de la nation. La vigilance, la réactivité et le courage institutionnel sont donc indispensables pour y faire face.
Il est temps que les autorités guinéennes prennent la mesure de la menace et agissent avec sérieux, cohérence et détermination. Car préserver la paix aujourd’hui, c’est éviter l’irréparable demain.
Abdoulaye SANKARA


