Kaba « Guiter»: Un homme au-dessus de la loi?

PDG-GuiterL’élection d’Ansoumane Kaba, PDG de la société Guiter SA au poste de président du Conseil national du patronat de Guinée le samedi dernier, continue de faire des remous dans la cité. Vu que cette élection se serait déroulée contre l’avis de la justice, qui s’était prononcée pour le report de toute élection, en attendant le verdict de la Cour d’Appel, qui doit tomber ce 28 avril, dans le bras de fer qui oppose le président d’honneur Mamadou Sylla et Sékou Cissé, le président intérimaire. Malgré donc un arrêt de la Cour d’Appel daté du 22 avril,  se prononçant en faveur de ce report, Ansoumane Kaba a réussi un passage en force, adoubé par son mentor Mamadou Sylla.

 

En se faisant élire à la tête du CNP-Guinée, en violation flagrante de la loi,  Ansoumane Kaba, PDG de « Guiter SA » a démontré qu’il peut  braver la justice. Cela s’est passé le  samedi dernier. A la tête de la Guinéenne de Terrassement (Guiter), Ansoumane Kaba, qui serait le frère de la Première dame se croirait donc tout permis. C’est le moins qu’on puisse dire, car la Cour d’Appel avait pris un arrêt à la veille de ce congrès, appelant les deux parties à sursoir à l’organisation de tout congrès. Mais rien n’en fut. Il a bravé la justice avec l’onction de Mamadou Sylla. Aidé dans ses manœuvres par une protection policière mise en place par le colonel Balla Samoura, commandant de la région spéciale de Conakry. L’élection s’est passée comme prévue, et ce ne fut qu’un plébiscite pour Kaba « Guiter ».

Le nouveau président bien que mal élu, se fixe pour ambition  « de faire du CNP-Guinée, le patronat pour tout le secteur privé guinéen. C’est ça notre objectif premier, et nous sommes très satisfaits de l’aboutissement que nous connaissons aujourd’hui. Nous aurons besoin de la participation de tout le monde, et nous allons tendre la main à tout le secteur privé », a-t-il indiqué au sortir de ce congrès.

A propos de cette élection controversée, il faut rappeler que la Cour d’Appel s’y était fermement opposée. Maître Abass Bangoura, avocat à la Cour, au sortir du bureau du Greffier en chef le vendredi dernier, a confié ses sentiments à notre reporter en ces termes: « la Cour a fait un arrêt avant de dire le droit. Elle a ordonné de sursoir au congrès qui est prévu le 23 avril 2016, jusqu’à ce qu’elle réexamine le dossier sur le fond. Ça  veut dire tout simplement qu’aucune des  parties  n’a le droit aujourd’hui d’organiser n’importe quel congrès,  avant de délibérer sur le fond, parce qu’il ya eu appel contre la première décision qui a été rendue au niveau de la première instance qui est en notre faveur. Mais vous savez l’appel a deux effets. L’effet évolutif et l’effet suspensif. Alors la Cour n’a même pas fini d’examiner l’affaire, c’est pourquoi nous avons subi ces dommages parce qu’il voulait nous mettre devant un fait accompli. Ça  veut dire que nous sommes dans une procédure et ils vont organiser un congrès. Pour organiser un congrès, il faut avoir la qualité, alors pour le moment la Cour ne s’est pas prononcée sur la qualité, c’est pourquoi la Cour a rendu un avant droit. Moi je pense que c’est une bonne décision dans le cadre de la bonne administration de la justice. Il faut attendre jusqu’à ce que la Cour rende son arrêt, et c’est ce qui va s’imposer à tout le monde », a-t-il souligné.

Pour Me Bangoura, « c’est une bonne décision. Nous ne pouvons pas être là, c’est les appelants qui veulent organiser un congrès, ce n’est pas normal en première instance, c’est eux les appelants, et nous, nous sommes les intimés. C’est pourquoi hier (jeudi 21 avril, ndlr) pour ne pas nous mettre devant le fait accompli, nous avons demandé à la Cour de prendre un arrêt avant de dire le droit,  de demander à toutes les parties de surseoir au congrès qui est prévu jusqu’à ce qu’elle rende sa décision sur le fond. »

 Quant au président par intérim, Sékou Cissé, il avait prononcé quelques mots, suite au verdict de la Cour d’Appel. « Comme l’avocat vient de vous le dire, d’abord c’est un sentiment de fierté de la justice guinéenne, parce qu’on avait gagné le premier procès au niveau  de la  première instance du tribunal de Kaloum.  Et ils ont fait appel, et nous sommes venus à la Cour d’appel maintenant. Il y a une décision qui vient de tomber, qui demande aux deux parties de sursoir à tout congrès pour ce 23 avril. Congrès prévu  au Millénium Hôtel.  Je lance un appel à tous les membres du CNP-Guinée, en disant que personne n’est au-dessus de la loi. Le congrès, il est annulé par la loi. Le droit a été dit, rien que le droit », a-t-il conclu.

Malgré cette décision judiciaire, Mamadou Sylla a organisé le congrès pour faire élire Kaba Ansoumane. Un forcing qui dénote du mépris que ces deux opérateurs économiques ont pour les lois de la République. Si Mamadou Sylla se considérait au temps de Conté comme étant le « coprésident » de la Guinée ou le « vice-président», comme il aime à le dire lui-même, en public, pour se vanter, il doit comprendre que la donne a changé. Quant à Kaba « Guiter », sa proximité avec la Première dame, Mme Djènè Kaba, le mettrait sans doute au-dessus de la loi. C’est sans doute pour cette raison qu’il aurait accepté de se faire brider par Sylla. Mais mal lui en a pris, car au moment nous allions sous presse, un communiqué du gouvernement est tombé, portant une annulation pure et simple de ce pseudo congrès. Un véritable camouflet pour ces gros bonnets, qui sapent les valeurs de la République.

le démocrate

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