Ligue1, Karfamoriah FC, Infrastructures…sécurité: Les « vérités » de Ibrahim Khalil Kaba sur les réalités du football guinéen
CONAKRY- Un an après la montée historique de Karfamoriah FC en Ligue 1, son président Ibrahima Kalil Kaba, dit « Lilou », dresse un bilan globalement positif de cette première expérience au plus haut niveau. Entre satisfaction sportive, difficultés liées aux infrastructures, à la sécurité, et ambitions pour la Coupe de la Ligue, le dirigeant revient en détail sur une saison d’apprentissage marquée par des cycles d’inconstance, mais aussi par la validation de l’objectif principal : le maintien.
AFRICAGUINEE.COM : Près d’un an après la montée du club, quel regard portez-vous sur cette première saison en Ligue 1 ?
IBRAHIMA KALIL KABA « LILOU » : Un regard globalement satisfaisant. Nous avions pour objectif de nous maintenir. Vu les délais très courts qui ont précédé notre montée – puisque trois semaines après, nous entamions déjà la Ligue 1 – il a fallu s’adapter rapidement. Le maintien était notre priorité, et nous y sommes parvenus. Donc, globalement, c’est satisfaisant. Nous n’avons pas eu beaucoup de blessés, même si quelques joueurs sont encore à l’infirmerie. Nous attendons maintenant la Coupe de la Ligue pour boucler la saison. Dans l’ensemble, je dirais que c’est positif : beaucoup de spectacle, beaucoup de suspense.
Que ce soit pour le titre ou pour le maintien, il y a eu de l’intensité. Il y a aussi eu quelques incidents malheureux dans les stades et beaucoup de débats autour de l’arbitrage. Mais cela fait partie du football. Dans l’ensemble, c’est un bon premier championnat.
Qu’est-ce qui a été le plus difficile à vivre cette saison ?
Je dirais deux choses. D’abord, la question des infrastructures. Comme vous le savez, plusieurs équipes de Ligue 1, mais aussi de Ligue 1 féminine, évoluent à Kankan. La disponibilité du stade pose donc un réel problème, puisqu’il est quasiment le seul fonctionnel dans la région. Ensuite, il y a la question de la sécurité dans les stades. Il faut constamment rester vigilant pour que les matchs se déroulent dans de bonnes conditions. Ce sont, selon moi, les deux principales difficultés.
Sur le plan de la gestion du club, êtes-vous satisfait des choix effectués cette saison ?
Comme toujours, on espère voir certains joueurs émerger, et parfois ce sont d’autres qui se révèlent ailleurs. C’est un mélange de satisfactions et de déceptions. Certains ont répondu aux attentes, d’autres un peu moins. Mais il faut garder à l’esprit qu’il s’agit d’une première saison en Ligue 1. Il est donc encore tôt pour tirer des conclusions définitives.
À un moment donné du championnat, avez-vous eu des doutes sérieux sur le maintien de votre club, au regard de l’accumulation des mauvais résultats ?
Non, non, pas de doutes exacerbés ou de désespoir. Non, on est une équipe très jeune. C’était notre première expérience. On a fait cinq ans en Ligue 2, donc ça ne nous a pas tués. La descente n’est jamais exclue pour un club qui est en Ligue 1, même si on ne le souhaite pas. On savait qu’on avait l’effectif pour nous maintenir. Mais les performances irrégulières sont aussi la caractéristique des équipes jeunes et inexpérimentées.
On a commencé le championnat très difficilement. Ensuite, sur les huit premiers matchs, je crois qu’on a pris seulement deux ou trois points : cinq défaites et trois matchs nuls. Puis, lors des huit matchs suivants, nous avons obtenu cinq ou six victoires, un nul et une défaite, si je ne me trompe pas. Ces cycles d’inconstance sont en fait la marque des équipes jeunes et inexpérimentées. Donc, comme vous le savez, on se prépare à gérer ces périodes de vaches maigres, et quand l’occasion de gagner se présente, on la saisit. La saison est donc plutôt conforme à nos attentes.
Le football guinéen permet-il aujourd’hui à un club promu de survivre durablement ?
Je ne crois pas que ce soit une question propre aux clubs promus. C’est valable pour tout le monde. Nous n’avons pas les mêmes structures économiques. Les clubs sont différents : certains sont mieux financés que d’autres. Que ce soit à travers le mécénat ou le sponsoring, comme dans notre cas, la différence se situe d’abord au niveau de la qualité des effectifs, mais aussi au niveau des moyens mis à la disposition des équipes. On est monté avec l’ASFAG, qui est un club de l’armée. Ils se sont maintenus, je dirais, un peu plus facilement que nous. Mais je ne pense pas que ce soit une question propre aux clubs promus. C’est une réalité qui concerne tous les clubs.
Là, il reste un autre défi, c’est la Coupe de la Ligue. Comment comptez-vous aborder cette autre compétition ?
On n’a pas l’habitude de jouer aussi longtemps, c’est la première des choses. On est à 40 matchs en moins d’un an. Ce n’est pas le rythme auquel les équipes sont habituées. On était en Ligue 2. Il y aura une opportunité de faire jouer beaucoup plus de jeunes qui n’ont pas eu le temps de jouer en championnat. Simplement parce qu’on se battait pour le maintien. Ce n’était pas la période pour faire des essais ou pour tester des joueurs sur lesquels on n’était pas totalement sûrs. Pendant la Coupe de la Ligue, vous verrez de nouveaux visages chez nous : des anciens joueurs, mais qui n’ont pas eu beaucoup de temps de jeu. C’est toujours une période pour faire tourner l’effectif et s’assurer qu’on donne la chance à tout le monde.
On a constaté qu’il y a eu beaucoup d’innovations dans l’organisation de votre club. Qu’est-ce qui vous inspire dans votre exécution ?
On a des modèles, et c’est important de le dire. Les clubs comme Hafia et le Horoya sont des porte-étendards du football guinéen. Ce sont des clubs qui ont des résultats au niveau national et parfois sur le plan continental. Il n’est pas très difficile de s’inspirer de ceux qui évoluent avec nous ici. Ces deux clubs sont un peu des modèles.
Ce n’est pas très compliqué : il faut bien se structurer, avoir des équipes bien dédiées, un encadrement à la hauteur et un staff technique compétent. Il faut aussi trouver les infrastructures nécessaires pour rendre le club indépendant des infrastructures publiques. Le modèle existe, nous essayons de l’adapter à notre manière.
Vous avez évoqué les infrastructures, un défi majeur pour le football guinéen, avec l’absence de stade homologué par la CAF. La Guinée risque même de délocaliser ses matchs. Avez-vous un message à l’endroit des autorités ?
Pas de conseils particuliers. On suit un peu l’actualité. On sait que le ministère est extrêmement préoccupé par cette situation. On a vu les ministres qui se sont succédé. Le dernier en date, le ministre Cellou Baldé, est quasiment présent en permanence sur les deux sites que sont le stade du 28 Septembre et le stade Général Lansana Conté de Nongo, pour tenter de finaliser les travaux.
Nous avons bon espoir, au regard des informations disponibles, que les stades seront prêts cette année. C’est vrai que cela a pris du temps. Peut-être que le mot « rénovation » est mal choisi : on parle plutôt de reconstruction que de simple rénovation. Ce délai a sans doute été nécessaire pour faire les choses dans les règles de l’art. Est-ce qu’il aurait fallu faire un stade avant l’autre ? Je ne saurais pas le dire. Mais les travaux avancent et devraient s’achever dans les mois à venir.
Nous aurons alors le plaisir de voir le Syli National jouer à Conakry. C’est important. Et nous espérons que d’autres projets de stades dans les capitales régionales feront aussi l’objet de rénovations, afin d’éviter de se retrouver dans la même situation. Car si les stades de Conakry ne sont pas disponibles, il faut que ceux de Kindia, Nzérékoré ou Kankan puissent être prêts.
Un mot à l’endroit des supporters ?
Oui, le message est toujours de rester mobilisés derrière l’équipe. Merci pour le soutien tout au long du championnat. La Coupe de la Ligue arrive, le mercato va s’ouvrir. Les maillots sont toujours en vente, beaucoup ont déjà été achetés et nous continuons à en produire. C’est grâce à cela que nous créons de la visibilité pour nos sponsors, qui nous soutiennent depuis plusieurs années. Un grand merci aux supporters, et nous les attendons dans les stades.
Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo
In Africaguinee.com

